LE TEAM BUILDING : UNE BONNE IDÉE ?

Avec les beaux jours et la fin des confinements vient l’envie de se retrouver en présentiel, de célébrer les succès, de motiver ses troupes, de renforcer leur cohésion, si possible hors du cadre habituel de l’entreprise.

Face à ces envies multiples et variées, la première idée qui vient à l’esprit est souvent l’organisation d’un team building.


Si vous êtes manager, dirigeant(e), entrepreneur(e), devez-vous proposer un team building à vos équipes ? Qu’en attendez-vous ? Le voyez-vous comme un levier d’action intéressant en vue d’améliorer le fonctionnement et la cohésion de votre équipe ?

Le team building, ce format mi-professionnel mi-ludique a toujours plus ou moins existé, mais il s’est vraiment développé en tant que tendance lourde dans les années 1960-1970. Nous avons donc plusieurs décennies de recul sur cette pratique. Et pourtant, y avons-nous toujours recours à bon escient ?


Si vous êtes manager, dirigeant(e), entrepreneur(e), devez-vous proposer un team building à vos équipes ?


Qu’en attendez-vous ? Le voyez-vous comme un levier d’action intéressant en vue d’améliorer le fonctionnement et la cohésion de votre équipe ?


Ce sont des questions qui peuvent faire couler beaucoup d’encre, pour plusieurs raisons :

- Toujours ce fameux dilemme de la poule et de l’œuf : pour qu’une équipe fonctionne, doit-on s’intéresser d’abord aux liens ou d’abord à l’opérationnel et à l’organisation ?

- Les polarités sont assez prononcées entre les ultra-optimistes (les candides ?) et les résolument contre le team building (les cyniques ?).

- Bien souvent faire le bilan d’un team building n’est pas tâche aisée puisque les objectifs et intentions de départ sont flous et qu’il est de bon ton a posteriori de dire que « c’était super, à refaire, vivement le prochain, j’ai adoré, merci ».


Et si nous confrontions tout d’abord les candides et les cyniques, au risque de tomber volontairement dans la caricature ?


Ensuite nous tenterions de sortir par le haut de cette histoire de team building avec quelques pistes à mettre en œuvre aisément pour en tirer parti au mieux.

Le Team building : pour ou contre ?

Un regard bienveillant sur le team building

Entendu sur radio moquette : « C’est du bon sens, on travaille toute l’année comme des fous, on a besoin de décompresser et de renforcer la cohésion, organisons un team building. En plus les équipes adorent, c’est vraiment une belle récompense, et si on peut voyager ou faire une activité hors du commun, c’est encore mieux... ».


Cette approche combine plusieurs notions intéressantes : l’importance des relations interpersonnelles au travail, la nécessité de créer des espaces de rencontres informelles, de connaître ses collègues pour développer l’empathie et la coopération, de relativiser en prenant des temps de respiration.


Dans ce cas, je joue un peu sur les mots, mais s’agit-il réellement d’un team building ou plutôt d’un afterwork, d’un barbecue, d’une séance de sport, d’une sortie ou d’un atelier cuisine ?


Le team building, à la frontière des sphères professionnelles et personnelles

On pressent que la frontière est très poreuse entre les volets professionnels et personnels du team building.


A méditer lorsque vous aurez remué ciel et terre pour faire garder vos bambins en bas âge pour vous rendre au fameux séminaire qui empiète sur le week-end et que de retour au travail le lundi vous vous échinerez sur les dossiers en retard, tout en soignant votre entorse / rhume / gueule de bois et en faisant profil bas vis-à-vis de votre conjoint(e) qui aura tout géré pendant votre absence.


Comment délimiter le tracé de cette frontière ? Grâce à un faisceau d’indices : le team building est-il obligatoire ou pas ? Pendant les heures de travail ou en dehors ? La semaine ou le week-end ? Quelles sont les activités proposées ? Quelle est la durée de l’escapade ? Des temps de travail sont-ils au programme ? L’équipe dirigeante a-t-elle prévu une communication ?


La frontière du professionnel et du personnel est très poreuse quand il s’agit de team building, et pour simplifier :


Si les indices observés font pencher la balance du côté de la rencontre informelle et du volontariat, en dehors des heures de travail, on est plutôt dans le domaine d’une activité personnelle, voire du loisir.


S’ils font pencher la balance du côté de l’obligation, c’est du professionnel. C’est précisément ce mélange des genres que critiquent les cyniques, autrement dit, quand le ludique et la journée au vert sont green washés au profit de l’entreprise.

Lorsque le team building devient un outil de blanchiment : la critique des cyniques


Pour tenter de rester parfaitement neutre et ne pas partager avec vous que mon avis personnel, je vais citer des tiers qui ont conceptualisé le team building et plus largement le fonctionnement des organisations.


Ecoutons tout d’abord la sociologue Danièle Linhart, qui explique dans l'épisode 3 d’Au Turbin ! (1), dédié aux team building, que les séminaires visent à re-créer du collectif, mais du collectif ad hoc, qui soit intéressant du point de vue de l’entreprise. Ces mises en scène des dimensions affectives, émotionnelles, intimes de chacun se font au détriment de la professionnalité. Si l’entreprise veut recréer des collectifs, ce ne sont surtout pas des collectifs informels, encore moins syndicaux, ce sont des collectifs sous influence, dont le but est de « créer les conditions de la docilité et de la convivialité ». Ou plutôt de la docilité par la convivialité ?

Le team building, ce format mi-professionnel mi-ludique a toujours plus ou moins existé, mais il s’est vraiment développé en tant que tendance lourde dans les années 1960-1970.

Pour Christophe Dejours (2), sociologue lui aussi, les séminaires et team building s'apparentent à des « dispositifs ludistes, marqués par la puérilité et l’infantilisme. Ils relèvent d'un registre régressif. Ils sont un moyen puissant pour empêcher une discussion mature ».

« La stratégie de la régression infantile n’est plus une construction venue du bas et visant à faire face aux contraintes du travail, mais une méthode préfabriquée, prête à l’emploi, prévue dans l’organisation du travail elle-même. ». Il parle « d'un prêt-à-porter psychique conçu, introduit et offert par la direction ». En bref, « des jeux et du pain » !


Quant à Arnaud Tonnelé (3), il souligne à propos des activités à risque, ou à sensation, qui peuvent parfois être proposées en guise de team building, qu’elles accentuent la pression du groupe sur chacun. Finalement, « là où le team building devait créer de la confiance et de la cohésion, il crée de la défiance et de la peur. L’équipe devient paradoxalement un endroit dangereux puisque l’on ne peut pas s’y exprimer vraiment ». Mise en situation : est-ce préférable de faire de l’accrobranche tout en souffrant de vertige, ou de rester au sol à distribuer des bouteilles d’eau aux valeureux sportifs ?


Mais alors que faire ?


Comment redonner au team building ses lettres de noblesse ?


Intégrer le team building dans une stratégie globale


Quand on y pense, avant la 3ème mi-temps, les moments sympas, festifs et récréatifs, il y a la sélection l’entraînement, le match en tant que tel…

Idem avec un team building. Il y a tout à gagner à l’inclure dans une stratégie plus globale.


Savez-vous par exemple observer et analyser la dynamique de votre équipe (liens interpersonnels, modes de fonctionnement etc) ? C’est à mon sens un pré-requis intéressant avant d’engager des frais et du temps dans l’organisation d’un team building isolé.


Le team building, d’un point de vue stratégique, a surtout pour fonction de resserrer les liens en grand groupe, de renforcer un sentiment d’appartenance notamment.


Cependant, imaginez que l’analyse initiale de la dynamique d’équipe ait mis en lumière, non pas un nœud ou une difficulté au niveau des liens en grand groupe, mais un conflit interpersonnel ou encore des souffrances liées à une surcharge de travail.


Petit exercice de projection : partir en team building ou séminaire avec deux personnes en conflit ou en surcharge de travail risque de donner un résultat au mieux proche du statu quo, au pire vraiment explosif. Notamment, une équipe dans laquelle les personnes n’ont aucun lien ne va pas passer de 0 à 100% sur l’échelle les liens interpersonnels parce qu’elle a passé une demie journée au vert.


Revenons à la stratégie. Une fois l’analyse initiale des besoins majeurs et prioritaires de l’équipe réalisée, pourquoi ne pas établir un plan d’action, qui pourrait éventuellement inclure un team building s’il correspond à un objectif et à une intention précis, en alternance avec d’autres formats (réunions, ateliers, formations, jeux de rôles ou mises en situation…) adaptés eux aussi aux problématiques visées ?


Savoir dans quelle intention est mené le team building et le dire


Cela découle de la stratégie.


Si vous tenez les cordons de la bourse, vous avez probablement envie de réaliser un investissement rentable ? Dépenser du temps et de l’argent dans un team building isolé, non préparé, non contextualisé, c’est dommage… Incluez l’élément « team building » dans une stratégie plus globale et découlant d’une intention claire, et l’investissement de toutes vos ressources (humaines, financières, temporelles et matérielles) peut vite devenir très pertinent.


Le jour J, l’intention dans laquelle le team building est réalisé sera transmise aux équipes, peut-être pas sous forme brute, mais plutôt en prenant de la hauteur sur l’événement, en verbalisant les choses.

Même des concepteurs de jeux d’entreprise type lego, jeux de plateaux, ou encore jeux de rôles, expliquent que jouer pour jouer n’a que peu d’intérêt.

Même des concepteurs de jeux d’entreprise type lego, jeux de plateaux, ou encore jeux de rôles, expliquent que jouer pour jouer n’a que peu d’intérêt. L’objectif qui sous-tend le choix du jeu est primordial.

Le jeu permet de se décentrer des problématiques du quotidien dans un cadre sécurisé, pour ensuite y revenir en passant de l’implicite, du ludique et de l’expérience, à de l’explicite.

Le passage à l’explicite, comme l’indique Arnaud Tonnelé (3), c’est ce temps de recul, de réflexion, de questionnement : « en quoi ce que l’on vient de faire ensemble nous dit quelque chose de l’équipe ? de notre fonctionnement ? qu’est-ce que cela nous dit de la façon dont les rôles entre nous s’agencent, dont les décisions se prennent (ou pas) ? ».

Cette retranscription permet aussi de mieux ancrer et consolider les nouveaux apprentissages ou comportements.


Différencier la co-présence de la coopération ou de la cohésion


Pour favoriser la coopération et la cohésion au travail, « la machine à café ne fait pas tout ». J’emprunte cette expression à la chercheuse Suzy Canivenc (4), qui détricote certains raccourcis parant la coprésence de toutes sortes de vertus soi disant naturelles.

Non, il ne suffit pas de se rassembler autour d’une machine à café, ni de partir dans un même autocar vers une excursion entre collègues pour que la coopération et la cohésion s’installent. Ça se saurait si c’était vrai n’est-ce pas (à nous tous, nous en avons consommé des litres de café ☕️ sur nos lieux de travail) ?


Plus sérieusement, toutes les entreprises confrontées par la force des choses à ces questions de présentiel / distanciel / synchrone / asynchrone tendent désormais assez uniformément vers la même conclusion : « ensemble en même temps au même endroit, pourquoi pas mais avec quelle intention, avec quel objectif, pour quoi faire ? ». A l’inverse, venir dans l’open space pour être à un mètre de ses collègues, chacun sous son casque, c’est plutôt de l’absence synchronisée que de la co-présence fertile.


Réintégrer le team building dans une routine


Une routine quotidienne semble peut-être peu glamour.

C’est comme enlever ses cœurs ♥️ et ses fleurs 🌹 à la Saint Valentin pour célébrer l’amour toute l’année ?

Ou encore revenir au français pour se rappeler qu’avant de « team builder » il faut éventuellement songer à « construire l’équipe » ?

Construire une équipe, c’est progressif, quotidien, continu, routinier en bref ! Sans oublier que généralement, avant de « build » une équipe, il faudrait déjà veiller à ne pas la « destroy » ! Le team destroying 364 jours par an et le team building 1 jour dans l’année, ce serait vraiment la recette magique pour aller dans le mur.


Pour construire et accompagner son équipe au quotidien :


🥐 Accueillir les initiatives spontanées


Il n’y a pas le « vrai grand séminaire annuel coûteux et lointain » d’un côté, et les initiatives spontanées autour de quelques croissants de l’autre.


⚽️ Initier un système d’objectifs et de reconnaissance collectifs


Aujourd’hui on s’attend à ce qu’une équipe fonctionne et « joue collectif », pourtant ce sont généralement des solutions individualistes qui sont mises en œuvre : évaluations individuelles, coachings individuels, formations, grilles de rémunération… Réintégrer le team building dans une routine viserait à mettre en valeur les gisements de performance et de fluidité qui se trouvent dans les équipes, en les considérant comme un tout qui est davantage que la somme des parties.


🏡 Construire son équipe sur des fondations solides


Construire son équipe au quotidien c’est savoir lui donner un écosystème fiable, lisible, vertueux, composé notamment de plusieurs éléments :


Construire son équipe sur des fondations solides

- Une gouvernance lisible,

- Des rôles et périmètres clairs,

- Une vision et des objectifs communs,

- Des flux de circulation de l’information compréhensibles, acceptés, fructueux, partagés,

- Une stratégie managériale ambitieuse (managers formés, en soutien de leurs équipes, alignés avec des objectifs collectifs…),

- Une politique des ressources humaines permettant elle aussi de construire l’équipe, du recrutement à l’onboarding, en passant par la politique de rémunération, l’organisation d’entretiens réguliers, les évolutions de carrières et de compétences, la formation…


Ces éléments n’ont a priori rien avoir avec « un » team building, mais ils permettent de construire une équipe solide, engagée, performante, en commençant tout simplement par ses fondations.


💆🏻‍♀️ Prendre soin de son équipe régulièrement au lieu d'attendre la crise


On ne s’attaque pas à l’ascension de l’Everest une fois par an alors qu’on prend toute l’année sa voiture pour faire 100 mètres.

De la même manière, le séminaire annuel aura une saveur bien amère si par ailleurs l’entretien annuel tant attendu a été repoussé 3 fois, puis bâclé.

Veillez donc à préserver la régularité de vos actions de construction d’équipe. Ce n’est pas du temps perdu, mais du temps investi.


Pour conclure : le team building, stop ou encore ?


Le team building ludique au vert une fois par an est pratiqué depuis des décennies. Il permet éventuellement de décompresser. Il ne pourra pas réellement remplir d’autres promesses s’il n’est pas intégré à une stratégie plus globale d’amélioration du fonctionnement d’équipe.


Alors, pourquoi persévérer avec ce format de team building isolé ? C’est ce que l’école de Palo Alto nomme le « toujours plus de la même chose ». « On a tout fait, on fait maintenant deux séminaires par an, avec plus d’activités, plus loin, plus longtemps, et en plus on ne travaille plus une seule minute pendant ce temps », pourtant l’équipe ne fonctionne pas, ne joue pas collectif…


Les tenants de l’école de Palo Alto proposeraient alors de tenter autre chose, ou a minima d’arrêter de faire toujours plus de la même chose.


Et pourquoi pas de la construction d’équipe stratégique, régulière, pérenne, qui pourra inclure des temps de team building, ou pas ?


Comment faire concrètement ?


Pourquoi pas un coaching d'équipe ?

Un coaching d’équipe vise à offrir à une équipe des opportunités de mieux fonctionner, c’est-à-dire d’être performante et épanouie.

En savoir plus dans cet article FAQ sur le coaching d’équipes.


Quand ?

Au pire, comme toujours, légèrement trop tard et en mode « pompier »...

ou bien

en amont, comme on prépare l'ascension de l'Everest, avec l’ambition de mettre toutes les chances de votre côté pour franchir les différentes étapes qui se présentent à vous avec sérénité.


Qui ?

La personne qui manage l’équipe est une pièce maîtresse pour l'équipe. Et pourtant elle n’est pas toujours la mieux placée pour impulser une dynamique de changement, d’une part parce que cette personne est souvent concentrée sur son cœur de métier opérationnel, d’autre part parce qu'elle fait partie intégrante du système, avec ses non-dits, son historique, ses rouages implicites.

Avez-vous envisagé de recourir à un coach d’équipes, dont le cœur de métier est d’offrir aux équipes des opportunités de mieux fonctionner ?


Pourquoi ?

La récente enquête de Time2B Consulting (5) a montré que la maïeutique et le sur-mesure constituent l’un des accompagnements les plus pertinents pour son équipe.

Toujours selon l’enquête, le coaching d’équipes est d’ailleurs perçu comme efficace, les freins à sa mise en pratique étant souvent simplement liés à un manque de connaissance.


Combien ?

A ceux qui diront « pas le temps », « pas d’argent » : comme chacun sait et fait semblant d’ignorer, ce ne sont pas les urgences qui empêchent de s’organiser, c’est le manque de structuration du temps collectif qui génère le fonctionnement en urgence. Concernant le coût, pensez simplement au coût du dernier séminaire chic et cher dont l'effet est retombé comme un soufflé, ou à celui du dernier ERP, CRM ou autre qui fonctionnera quand les modules 1142X et 1143Y seront implémentés et que les gens se le seront approprié.


Sources :

(1) Au turbin ! (podcast) épisode 3 saison 1 Les Team Building

(2) Christophe Dejours, Le Choix, Souffrir au Travail n’est pas une Fatalité

(3) Arnaud Tonnelé, 65 Outils pour accompagner le Changement individuel et collectif

(4) Suzy Canivenc, Coopération au Travail, la Machine à Café ne fait pas tout, The Conversation, septembre 2021.

(5) Enquête Time2B Consulting menée de décembre 2021 à janvier 2022 auprès de 140 répondants gérant des équipes de plus de 2 personnes dans des entreprises de plus de 10 salariés