• Vanina Lanfranchi

L'INTERVIEW DE MILLY LA DELFA

Mis à jour : avr. 15

Milly est professeur de français et formatrice.

Pour transmettre ? Par amour de la littérature ?

Oui, mais surtout par goût du spectacle et de la mise en scène !

Après les cours, son temps n’est pas uniquement consacré à la correction de copies et à l’organisation des prochaines vacances scolaires, très loin de là !


La chaîne de questions.


Une des règles du jeu du blog est que l’invité(e) du jour répond à la question posée par l’invité(e) précédent.


Je transmets donc à Milly cette question de Vincent :

« Comment transmets tu au quotidien ce que tu as appris dans ta vie ? »


Il s’agit d’un mode de transmission vertical, une transmission par la narration. Milly transmet des récits de ses expériences. Elle ne conceptualise pas ce que l’expérience lui a appris. Elle livre ses récits bruts, comme un simple matériau pour le public, qui va le forger lui-même.

« Ce n’est pas l’idéal », mais cette réalité vient du fait que Milly écoute elle aussi des histoires, et aime bien recevoir des récits d’expériences de cette manière.


Je pose à Milly la question rituelle :

Aujourd’hui, dans ta vie professionnelle, es-tu plutôt ?

A/ Sur une autoroute

B/ A un carrefour

C/ En train de tourner autour d’un rond-point sans savoir quelle sortie prendre

D/ En pleine étude de marché pour t’acheter un GPS


=> Réponse « A mais ». Milly est sur une autoroute en tant que fonctionnaire, mais elle emprunte aussi de nombreux chemins de désir. Les urbanistes appellent les chemins de désir ces sentiers qui se sont dessinés par la force des choses parce que les promeneurs les ont beaucoup empruntés afin de créer un raccourci par exemple. Ils s’éloignent du tracé imposé, ils sont imprévus. Il se trouve que "Les Chemins de Désir", c'est aussi le nom du podcast de Claire Richard, sur lequel Milly travaille dans le cadre de son Master.


La vie professionnelle comme scène d’expression


Enfant, Milly voulait être danseuse, par passion.

Aujourd’hui elle exerce en tant que professeur de français et formatrice. La passion se retrouve aussi dans ces deux professions, sous forme d’engagement total, d’expression de soi.


Au-delà, ce que Milly apprécie beaucoup dans son métier, c’est qu’elle y trouve toutes les dimensions du spectacle : la mise en scène, le partage d’énergie, jouer avec les réactions du public, le provoquer par des accroches, l’amadouer de temps à autre, le « rebooster ».

L’interprétation des textes de la littérature française fait aussi partie du jeu : le texte est une donnée brute, il faut en faire quelque chose en s’en saisissant.


Aujourd’hui si Milly était critique littéraire ou cinématographique, elle noterait 7/10 sa vie professionnelle actuelle.


Agrégation et chemins de désir, tous les chemins mènent à Rome


Passer un concours aussi difficile que l’agrégation et in fine se frayer des chemins de désir en parallèle de l’enseignement, cela semble plutôt antinomique. Et bien non, justement !


Passe ton agreg’ d’abord !


Milly a au départ un parcours plutôt linéaire. A l’époque où elle s’engage dans des études de Lettres, la voix naturellement tracée est celle de l’enseignement. Elle s’engouffre dans cette voie sans réellement connaître d’autres débouchés, d’autres métiers, alors que le journalisme, par exemple, aurait pu être une option intéressante. Aujourd’hui d’ailleurs Milly incite ses élèves à se renseigner le plus en amont possible.


En 2016, la réussite au concours de l’agrégation arrive comme un palier et un nouveau ressort de motivation.

Milly présente ce concours « par mimétisme, en copiant une collègue du même âge ».

Elle prépare le concours en solitaire, sauf lors de moments de travail mutualisés extrêmement précieux au sein d’un groupe constitué via internet. Ce groupe est un véritable trésor, d’ailleurs sur une bonne trentaine de membres, la moitié réussit le concours !

Et finalement, avec l’agrégation, c’est un pan entier de la profession qui s’ouvre : l’enseignement supérieur, la formation, « tout devient plus facile à mettre en place, les idées se concrétisent et prennent forme, la crédibilité est plus affirmée ».

Cela permet aussi, surtout pour quelqu’un qui aime la mise en scène, un renouvellement des publics (adolescents, adultes).

Etendre le champ des possibles peut aussi passer par un renouvellement des pratiques, créer par exemple un mélange entre le travail à distance et le travail en présence.


Aujourd’hui Milly ferait le même choix « à 250% » !

Et la Milly d’aujourd’hui dirait à celle d’hier : « Vas-y ! Ca vaut le coup ! Ne baisse pas les bras ! ».

Une tarologue s’immiscerait probablement dans cette discussion, et vous en découvrirez davantage en lisant la suite…


Emprunte les chemins de désir ensuite


Milly n’est pas à la croisée des chemins en ce moment, car la croisée des chemins signifierait choisir. Or, elle ne veut abandonner aucune route, et surtout avoir une vie professionnelle diversifiée.

Enseigner et être fonctionnaire, c’est l’autoroute. Grâce à l’agrégation elle peut bénéficier d’un temps d’enseignement réduit et d’un salaire plus intéressant.

Les chemins de désir, ce sont toutes les voies parallèles à l’autoroute, la part gratuite de son activité, celle à laquelle elle consacre le plus de temps. Sans ces chemins, Milly « ne supporterait pas l’autoroute ». Prendre le péage à 23 ans et rouler sans réfléchir, non merci.


Sur l’un de ses chemins de désirs, Milly développe sa casquette de formatrice. Elle conçoit des dispositifs pédagogiques inédits, comme celui de la « Prépa cinéma » du Collège Sévigné.


Sur un autre de ses chemins de désir, Milly entame en 2020 un Master. Au cours du cursus, il faut réaliser un travail de recherche, que Milly n’a pas choisi au hasard. Son sujet de recherche est très innovant, il peut toucher un public incroyable ! Il peut aussi constituer le travail préparatoire à l’écriture d’un livre.


Au bout des chemins de désir, l’océan bleu ?


Le rêve de Milly est de limiter le temps alloué à l’enseignement de manière à pouvoir développer au maximum la conception de dispositifs de formation innovants et un travail d’écriture (rémunérateur).


Pour qu’il se réalise, elle emporte dans son baluchon une tonne de choses, car là non plus elle ne veut pas choisir :

- de la détermination, de la méthode et de l’organisation

- une certaine dose de prise de risque. Notamment, il faut expérimenter une nouvelle posture, celle d’avoir à demander, solliciter. Or en étant professeur, « tu ne demandes rien ».

- énormément de livres

- énormément d’articles

- un ordinateur

- un enregistreur : Milly travaille sur les créatrices de podcasts, donc elle a besoin d’entendre le grain de leurs voix

- une conviction, celle qu’une nouvelle histoire doit être écrite du point de vue des femmes. Il faut avec une grande vigilance veiller à lire les événements de ce point de vue là, aussi.


La boussole de tous les aventuriers indique le Nord. Et celle de Milly, qu’indique-t-elle ? Autrement dit, quelle est la valeur fondamentale à laquelle Milly ne veut absolument pas déroger ?

La boussole de Milly indique l’Est, le pays du soleil levant. Elle ne veut pas déroger « à l’innovation, au surgissement, au jaillissement ».


Si Milly part vers l’Est et moi vers l’Ouest, nous prenons le pari de nous retrouver dans 10 mois pour régler nos montres. Milly se sera-t-elle « perdue dans les méandres du master, ou se sera-t-elle remuée ? ». Serez-vous au rendez-vous ?


Et pour finir : 1 mot, 1 photo


Si Milly laissait un message sur un petit caillou blanc sur le sentier pour les prochains voyageurs, elle écrirait dessus « N’hésitez pas à commencer et à recommencer ».



L’image qui inspire Milly aujourd’hui :


La 1ère carte du Tarot, le bateleur. Selon la tarologue déjà rencontrée auparavant, le bateleur est là pour initier les choses. Il représente le chemin de vie de Milly. C’est une excellente nouvelle et un énorme soulagement. Cela signifie qu’avoir plein d’envies et n’en mener à bien qu’une partie ou bien passer à autre chose fréquemment ne doit pas engendrer de culpabilité.


Rassurons les élèves de Milly qui nous liraient, ou même l’Education Nationale, Milly n’éprouve pas de lassitude face à son métier de professeur. Chaque année, c’est tout l’organisme vivant de la classe qui se renouvelle, qui change totalement de physionomie, et il y a tant de personnes à découvrir, et à enchanter par des mises en scènes sans cesse renouvelées !

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